Une cérémonie d’ouverture magique pour les 50 ans du Fespaco

Le Président Roch Kaboré donne le clap d’ouverture du 26ième Fespaco

Le temps d’une soirée, le stade municipal Issouf Joseph Conombo de Ouagadougou s’est transformé en un écran géant de projection autour duquel ont communié des milliers de cinéphiles, sous le regard du Président burkinabè, Roch Marc-Christian Kaboré.
Tout a démarré ce samedi 23 février peu après 17h, comme dans un conte de fée. Après que des musiciens et groupes de danse locaux ont chauffé à blanc le stade municipal de Ouagadougou envahi par des milliers de cinéphiles burkinabè et étrangers ayant effectué le déplacement de la capitale burkinabè pour commémorer le cinquantenaire du plus grand festival continental dédié au cinéma africain, le Chef de l’Etat burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré fait une entrée inédite dans l’enceinte.

Accompagné d’une escorte motorisée, il est debout, à bord d’un véhicule découvert et aux couleurs du 50ième anniversaire du Fespaco, avec à ses côtés, une dame dont seuls quelques septuagénaires se souviennent vraiment du visage. Son nom : Alimata Salembéré.
Salut au public, puis, pieds à terre ; honneurs militaires, sous la direction du colonel Lewis Toé, salut aux couleurs, hymne national…Pendant que le Président de la République gagne la loge officielle, Alimata Salembéré y va à son rythme. 50 ans plus tôt, elle était plutôt alerte. Elle n’avait alors que 27 ans lorsque, première femme présentatrice de journal télévisé du pays qui s’appelait alors Haute Volta, elle fut désignée présidente du comité d’organisation du premier Festival panafricain du cinéma et de la Télévision (Fespaco) né sous la dénomination, La semaine du cinéma africain.

Pionnière donc du festival, elle fait partie des personnalités que le spectacle d’ouverture de la 26ième édition du Fespaco marquant les 50 ans de vie du festival a décidé d’honorer. « J’ai eu la chance d’être là pour aider le Fespaco à voir le jour, c’est un honneur pour moi d’être là aujourd’hui, pour voir le Fespaco souffler sa cinquantième bougie ».

Toute la trame de la cérémonie d’ouverture a été construite autour de cet hommage aux grands cinéastes africains vivants ou disparus. Des projections ont ainsi eu lieu, sur les écrans géants disposés dans la cuvette du stade, pour laisser découvrir des œuvres culte de géants tels les Burkinabè Missa Hébié et Idrissa Ouédraogo qui travaillait à ramener l’étalon d’or de Yennenga, la récompense suprême du festival à la maison, le Burkina n’ayant remporté cette précieuse « Palme africaine » qu’à deux reprises depuis 1969.

 

Armand Roland Pierre Béouindé, le maire de Ouagadougou a eu la phrase juste, déclinée en moré, en dioula et en fufulbé, en prenant la parole pour souhaiter la bienvenue aux festivaliers : « A Ouaga, vous êtes chez vous, faites comme chez vous ». Et les festivaliers l’ont pris au mot, en criant à tue-tête, par moments, à partir des gradins, leur joie devant le spectacle féérique, tout en sons et lumières, qui a été servi.

Celui qui a arraché une salve nourrie d’applaudissements, c’est quelqu’un qu’on n’attendait pas vraiment sur ce registre de l’éloquence et de la verve révolutionnaires. « Il y a 32 ans, je foulais le sol du Burkina Faso, alors Haute Volta, commence Moussa Faki Mahamat,le président de la Commission de l’Union africaine (Ua) appelé à la tribune ». Alors que certains, à nos côtés s’interrogent sur ce que l’Union africaine, ce « machin » a à voir avec le cinéma et les festivaliers, voilà que l’ancien ministre tchadien des Affaires étrangères, après avoir dit comment jeune aux idées révolutionnaires il ne pouvait que se retrouver au Burkina, terre de révolution pour ses études, se lance dans une envolée révolutionnaire qui explose l’applaudimètre. Extraits.
« La remise en cause du multilatéralisme, et par voie de conséquence du multiculturalisme, marquée par le regain des égoïsmes nationaux, du populisme et du repli sur soi-même, nous questionne profondément sur la position de l’Afrique dans le monde qui se façonne sous nos yeux.

Il ne s’agit pas de se lamenter ou d’implorer la charité des autres. Une telle attitude agresserait violemment notre altérité et notre dignité. Ce ne sont pas nos gémissements ou nos larmes qui attendriront ceux qui ont construit leur puissance et leur gloire en nous marginalisant et en tirant des avantages indus de la richesse de notre continent ».

Cette richesse culturelle, poursuit Moussa Faki Mahamat, à l’endroit des cinéastes africains, « vous en êtes en grande partie les artisans, les orfèvres, les gardiens et les promoteurs. Vous êtes un levier essentiel de la promotion de notre statut mondial et de la construction de notre futur ».

Alors qu’une partie de notre jeunesse semble quelquefois céder au désespoir, « le cinéma africain pourrait, en devenant plus populaire et davantage engagé pour le projet panafricaniste, se révéler d’un apport irremplaçable pour endiguer le mal », soutient le patron de la Commission de l’Ua.

Chacune des personnalités qui se sont succédé à la tribune a dit sa gratitude envers le Fespaco, formulant le vœu que cet événement vitrine du cinéma africaine perdure et porte encore plus haut l’image de l’Afrique et de la créativité de ses peuples.
Il est environ 19h20 mn lorsque le Président burkinabè donne le clap d’ouverture du Fespaco, sonnant le début effectif de cette 26è édition hors normes où sont prévus 165 films à regarder par un public espéré de 100 000 cinéphiles.

Roch Kaboré regagne la tribune officielle. On éteint les lumières. Le festival des feux d’artifices peut alors commencer. Pendant plus d’une quinzaine de minutes, le ciel ouagalais se pare de mille feux, au grand bonheur des spectateurs à qui les organisateurs ont prévu une autre surprise pour clore en beauté cette cérémonie ouvertes par le spectacle des cavalières : le groupe musical Magic System. Les magiciens venus d’Abidjan ont fait le show, et ajouté de la magie à une soirée inoubliable.

Yacouba Traoré, le président du Comité d’organisation avait prévenu, dans son mot d’ouverture : « Quelles que soient les imperfections et les manquements de l’organisation, sachez que je vous aime ». Avec un « I love you » très appuyé, manifestement en direction de la délégation du Rwanda, pays invité d’honneur de ce Fespaco. Le jour de la remise des prix clôturant le festival, le Président rwandais devrait être présent à Ouagadougou.

Valentin Mbougueng, envoyé spécial à Ouagadougou

Source: https://www.fratmat.info